Répertoire

Ritchie Dagonia : les standards que je joue

Dix morceaux, ce que j'aime, ce qui me résiste

Je suis Ritchie Dagonia, 52 ans, guitariste de blues amateur à Montréal, et voici les standards que je joue le plus souvent. Ce n'est pas une liste de préférés, c'est une liste de morceaux que je sais tenir au jam sans regarder mes doigts. Pour chacun, ce que j'aime, et ce qui me résiste encore, parce qu'il y a toujours quelque chose qui résiste.

  1. Sweet Home Chicago

    Mi · shuffle

    Le morceau que tout le monde connaît, et c'est justement pour ça que je l'aime : dès le riff d'intro, la salle sait où on s'en va, et le jam prend. Le défi, c'est de le garder vivant. Il est tellement joué que le shuffle a tendance à s'aplatir ; je travaille à garder le rebond sur les temps faibles et à ne pas presser le turnaround.

  2. Stormy Monday

    Sol · blues lent

    Un blues lent avec des accords qui bougent plus que dans un douze mesures ordinaire, presque du jazz par endroits. J'aime l'espace qu'il donne : on peut laisser une note s'éteindre et personne ne s'inquiète. Ce qui me résiste, ce sont les substitutions des mesures sept et huit ; je les connais sur papier, mais mes doigts hésitent encore quand la bassiste les prend un peu différemment.

  3. Key to the Highway

    La · huit mesures

    Un blues en huit mesures, ce qui change tout : la forme tourne plus vite et le turnaround arrive avant qu'on l'attende. J'aime sa douceur, ce côté chanson de départ, et je le joue souvent sur l'acoustique, en fin de soirée. Ce qui me résiste : ne pas le transformer en douze mesures par réflexe, surtout quand je suis fatigué.

  4. Hoochie Coochie Man

    La · stop-time

    Le riff en stop-time, avec ces silences que tout le groupe doit respecter ensemble : quand ça tombe juste, c'est une des meilleures sensations qu'on peut avoir sur scène. J'aime son côté fanfaron, presque théâtral. Ce qui me résiste, c'est de compter les silences sans hocher la tête comme un métronome, et d'entrer sur le refrain exactement avec le batteur.

  5. The Thrill Is Gone

    Si mineur · lent

    Un blues mineur, et une école de la note unique. J'aime le jouer sur l'électrique avec beaucoup de sustain, en essayant de faire chanter une seule note plutôt que d'en aligner dix. Ce qui me résiste : le vibrato. Le mien est encore trop nerveux, trop rapide ; je cherche un vibrato plus large et plus lent, et ça prendra le temps que ça prendra.

  6. Dust My Broom

    Mi ouvert · slide

    Mon morceau de slide, en accordage ouvert, avec le fameux triolet aigu qui ouvre chaque tour. J'aime l'énergie brute de la chose, on dirait que la guitare crie. Ce qui me résiste, c'est l'intonation : le slide ne pardonne pas un demi-millimètre d'écart, et étouffer les cordes derrière le bottleneck me demande encore toute mon attention.

  7. Rock Me Baby

    Do · medium

    Un groove medium, tranquille, sur lequel on pourrait jouer toute la nuit. J'aime ce morceau parce qu'il ne demande rien d'autre que d'être dans le temps et de ne pas en faire trop. C'est justement ce qui me résiste : la sobriété. Chaque fois que je me sens à l'aise, j'ajoute des notes, et chaque fois, le morceau devient moins bon.

  8. Got My Mojo Working

    Mi · rapide

    Le morceau qui fait lever une salle, celui qu'on garde pour la fin. J'aime l'énergie qu'il donne au groupe et le fait que l'harmoniciste y prend toute la place. Ce qui me résiste, c'est de rester propre quand le tempo monte : mes accords se salissent, mes étouffements deviennent approximatifs, et je dois vraiment me retenir pour ne pas accélérer avec les autres.

  9. Every Day I Have the Blues

    Si bémol · swing

    Un blues qui swingue, taillé pour les cuivres, où la guitare doit surtout accompagner. J'aime les accords de neuvième qu'il demande, ce son rond et un peu chic. Ce qui me résiste, c'est le swing lui-même : ce n'est pas le même balancement que le shuffle, c'est plus léger, plus en avant, et quand je le joue comme un shuffle, tout le monde le sent.

  10. Hide Away

    Mi · instrumental

    Un instrumental avec plusieurs sections qui s'enchaînent, chacune avec son riff et son caractère. J'aime le jouer parce qu'il m'oblige à structurer un morceau entier sans chanteur pour me guider. Ce qui me résiste : la mémoire des sections. Il m'arrive encore d'en sauter une au jam et de voir le batteur me regarder avec un sourire poli.

Et la liste bouge

J'en enlève un quand un morceau ne me dit plus rien, j'en ajoute un quand un turnaround me tombe sous les doigts. Si on se croise un mardi ou un jeudi soir, on jasera de ce qui manque ici. Et pour savoir d'où je viens avec tout ça, il y a la page d'accueil.